| Décès
de l'abbé Cambier

Quelques témoignages...
Ce vendredi 12 mars, l’abbé
Cambier est décédé dans son lit. Il avait
91 ans.
Pour ceux qui ne le connaissaient
pas, il était le dernier abbé à vivre au
sein du collège.
Pour les lève-tôt,
il restera le compagnon du café du matin, assis à
la table du fond, dans la salle des professeurs.
Je garderai de lui cette image là : celle d’un gardien
inébranlable et discret, courtois et affable.
C’est tout un monde qui
part avec lui. Monde d’une école nourrie par des
vocations religieuses au service des jeunes et qui a œuvré
à forger des générations d’hommes et
de femmes.
Aujourd’hui, notre école
est un peu orpheline.Adieu, monsieur l’abbé.
(L'enterrement aura lieu à
la collégiale, ce jeudi à 11h)
Mme Bayet, sous directrice
Cher Collège Sainte Gertrude,
J’ai eu le plaisir de vivre
le cours de géographie avec l’abbé Cambier
en 3ème latine. Je dis vivre, car le cours de géo
avec un caractère folklorique, bien qu’il imposait
un respect sans faille. Il fallait entre autre pouvoir dessiner
à main levée un continent dans son entièreté…
cela a fait travailler ma mémoire visuelle. Je me rappelle
des explications sur la mousson.
Il était aussi très important d’avoir sa chemise
dans son pantalon… au risque qu’il l'a remis lui-même
à votre place… disait-on !
Le cours de religion de 3ème nécessitait l’illustration
du cahier de religion, surtout lorsqu’on parlait de l’amour
et de la différence entre Eros et Thanatos.
Je me souviens encore avoir joué au football avec lui,
c’était en 77, donc il avait 58 ans, si je compte
bien…
Dans le cadre de la nouvelle docimologie, comme il disait, nous
devions estimer notre propre côte à l’oral…
il suffisait qu’on s’en attribue une moyenne pour
qu’il nous qualifie de trop modeste, et de prétentieux
dans le cas contraire… et pour noter la côte dans
son cahier, il demandait toujours « un petit bic »
au premier élève qui pouvait lui en donner un…
Il nous a avoué un jour avoir donné cours à
Jacques Brel, dans un collège Bruxellois (Sainte-Marie
?), un élève turbulent, nous disait-il.
Adieu monsieur l’abbé
Bernard De Longueville
6ème Latin-Math 1980
A la fin de chacune de ses (nombreuses)
interrogations orales, il regardait ses élèves,
droit dans les yeux, et leur proposait sa formule (à l'époque)
classique ...
"Dans le cadre de la nouvelle docimologie, combien t'attribues-tu
?"
Là, l'élève avait le choix ... Soit il tentait
sa chance et demandai un 16/20, soit il se résolvait à
se contenter d'un 12/20. Mais à chaque fois, nous recevions,
après un commentaire laconique qui déclenchait un
(sou)rire de toute la classe, les points qu'il avait décidé
de nous octroyer ...
C'était, pour moi, en 1975, ou en 1976 ...
Mince, je suis surpris d'apprendre que jusqu'à vendredi
dernier, il était encore là !
Toutes mes condoléances au Collège qui perd avec
lui le dernier pan d'une grande page de son histoire ...
Jean-Marc de FAYS (Latin-Grec - 1982)
Bien sûr c’est au collège
qu’il a passé la dernière partie de sa vie
mais ce ne fût pas la seule, ni la première. A la
fin des
années cinquante il était vicaire de la paroisse
Notre Dame Cause de Notre Joie à Rhode Saint Genèse.
Et si Mr le curé était l’aumônier de
l’unité, le vicaire était l’aumônier
de la Meute St François (je pense). Et pas n’importe
quel aumônier, un aumônier motard.
Pour notre St Nicolas il escortait les plus grands de la terre
qui venaient nous dire bonjour : de Gaulle et Castro je ne l’ai
pas oublié, je vous jure et c’était les vrais
! Lui faisait les allés et venue avec sa moto pour ouvrir
la route aux limousines.
Y avait pas les appareils photos numériques et seuls les
chefs prenaient des photos noir et blanc mais je peux encore vous
décrire la scène. A son départ nous lui avons
offert un « Dinghi », c’est vous dire si la
géographie c’est par les tripes qu’il l’avait
apprise.
Que s’est-il passé
entre les parents et l’aumônier ? Dieu seul le sait
toujours est-il que c’est « à cause de lui
» que nous sommes allés, comme d’autres de
la meute, au collège St Gertrude! Et que nous avons dû
prendre le train matins et soirs alors que les collèges
de Bruxelles étaient à la porte!
Quand nous l’avons retrouvé
il avait dû arrêter la moto. Était-on déjà
vieux à 44 ans à l’époque ? Toujours
est-il que lors d’un de ses premiers dépassements
il a oublié qu’il n’était plus sur sa
BMW et que se faufiler entre les véhicules ce n’étaient
plus forcément possible . Les flans gauche et droit de
sa voiture le lui ont rappelé assez vite !
La vie a fait que mes frères
et moi avons quitté le collège à l’été
69, moi en 4ème Latin-Math (on commençait encore
par la 6ème à l’époque), il ne m’a
donc jamais donné cours mais grâce à lui j’ai
pu connaître un certain « Pisca », (nous ne
disions sûrement pas Jean-Marie) « jeune » prof
de math que je ne suis pas non plus près d’oublier.
Adieu l’abbé et merci
pour ces années de « grand jeu » qui permettent
de devenir « grand » sans se prendre au sérieux,
une rencontre courte somme toute mais qui porte toute une vie.
Henri Wittorski
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