|

Pise... Le groupe débarque du car, et il lui est laissé
un temps libre sur le site de la fameuse tour penchée.
Rendez-vous est donné au car à 14 heures. Votre
serviteur, moi-même, demande l'heure à un condisciple,
puis règle consciencieusement sa montre... Cependant, cela
ne lui dit rien de monter sur la tour elle-même... Eric
n'a jamais voulu faire comme les autres, et préfère
par contre se joindre à un petit groupe d'Italiens, réunis
autour d'une guitare (voir diapositive)... Il avait appris à
en jouer trois ans plus tôt, et a toujours été
passionné par la musique... La météo était
clémente, et le temps passa agréablement, mais votre
serviteur surveillait bien sa montre. L'heure approchant, il se
lève, salue ses compagnons musiciens... plus par gestes
qu'en paroles, puisqu'il ne connaît pas un traître
mot d'Italien, sinon une phrase apprise par coeur avant de partir
: "Lei e a molto graciosa, signorina"... on ne sait
jamais, cela aurait pu servir :) Il se dirige vers l'emplacement
prévu du car sur la parking, mais là... personne...
ni car, ni compagnons de voyage... que se passait-il ? Il était
à l'heure, et au bon endroit, mais se retrouvait seul,
en pays étranger, sans plus aucun soutien logistique...
Il ne pouvait plus compter que sur lui-même... sans argent,
et sans connaître la langue... Il cherche à comprendre,
et après vérifications, il s'aperçoit qu'il
est arrivé.... une heure trop tard !! Il était 15
heures !!! Ce n'était pas possible, comment se pouvait-il
? Tout simplement, au moment de régler sa montre, Eric
ne s'était pas aperçu que la grande aiguille, malicieuse,
avait fait un tour en arrière, reculant ainsi la montre
d'exactement une heure... Il était seul.. mais pas sans
ressources... Bien loin de se lamenter sur son sort, il prit la
seule décision rationnelle qui s'imposait : rejoindre Florence,
où logeait le groupe, par ses propres moyens... Le seul
possible était l'auto-stop, puisqu'il ne pouvait compter
sur des moyens financiers pour prendre le train. Mais le collège
Ste Gertrude avait formé en son sein un baroudeur prêt
à affronter toutes les situations, et c'est donc en confiance
que le Robinson abandonné sur la botte italienne prit en
marchant la direction de l'autoroute. Il marcha quelques 2 kilomètres
seulement, car une brave âme s'arrêta près
de lui et proposa de le déposer à la bifurcation
vers Sienne. Ok, ce serait déjà la moitié
de la route de faite. Cependant au cours du voyage, voilà
que le conducteur commença à faire des avances à
Eric, qui ne savait pas trop comment affronter cette situation
nouvelle, et était plutôt gêné. Ce conducteur,
voyant qu'il n'arriverait pas à ses fins, décida
de prolonger ses chances de me convaincre par dissertation, et
finit par me conduire à Florence, où je fus soulagé
de descendre du véhicule sain et sauf, OOuufffff... allez,
courage, plus qu'un kilomètre à pied pour rejoindre
l'hôtel, ses compagnons, ses chers professeurs, et le fameux
serveur italien que l'on avait surnommé "Baffi",
à cause de ses grandes moustaches... (voir diapositives
également). L'hôtel se situait au bout d'une longue
rue toute droite, en légère montée... Eric
marchait sur le trottoir de gauche, et son visage s'illumina lorsqu'il
vit apparaître, au loin, sur le même trottoir, la
bonne figure de Pierre Jacqmin... le professeur et l'élève
hâtèrent le pas l'un vers l'autre...
Quelques années plus tard, Pierre me raconta la suite...
Ils avaient dû partir de Pise pour respecter l'horaire sans
m'avoir cherché... pourtant, des élèves savaient
où j'étais... mais je n'avais qu'à être
à l'heure au rendez-vous... Pierre était vraiment
très embêté, car il n'était pas seul
à prendre des décisions pour le groupe, et il n'aimait
pas laisser un élève en arrière ainsi...
il savait cependant que j'étais très débrouillard,
car il se souvenait qu'à Amsterdam, alors qu'il s'était
foulé le pied et devait marcher lentement, j'avais choisi
de rester en arrière du groupe avec lui pour lui tenir
compagnie, et, alors que nous devions prendre un tram que l'on
voyait prêt à partir, je me suis précipité
devant le tram, me suis accroupi et ai défait mon lacet
pour le renouer très lentement, afin de bloquer le départ
du véhicule et permettre à mon infortuné
professeur d'arriver clopin-clopant à sa lente vitesse
et de monter dans le tram, où je le suivis. Mais il était
ennuyé, ce cher Pierre. Il ne savait pas comment allait
se résoudre cette situation... Aussi, lorsqu'il me vit
arriver de loin sur ce même trottoir, fut-il tout heureux,
et un sourire éclaira aussi son visage. Mais entre lui
et moi, il y avait encore de la distance à franchir, et
au fur et à mesure que celle-ci se réduisait alors
que nous marchions l'un vers l'autre, sa colère eut le
temps de lui remonter aux joues et à la tête, et
lorsqu'il me croisa enfin, ce fut un tonitruant "FILE DANS
TA CHAMBRE" qui m'accueillit...!!
Mais nous nous sommes mutuellement "pardonné"
depuis, bien sûr, car je pense qu'il y a une amitié
réciproque qui s'est créé entre lui et moi,
et c'est toujours avec un énorme plaisir que je le revois
de temps en temps ;°))
La seconde anecdote est plus nostalgique, car elle conte l'histoire
de trois garçons, dont votre serviteur, qui voyaient la
fin du voyage en Italie poindre le bout du nez, et qui, dans un
geste de bravoure, dans une tentative désespérée,
tentèrent de prolonger un tant soit peu ce plaisir, au
détriment de leur sommeil... La scène se passe,
je pense, à Sorrente, vers la fin du voyage... trois élèves,
dont votre serviteur, font le projet d'aller s'amuser en ville
la nuit, sans rien dire à personne... car la fin du séjour
est proche, et les valises nous le rappellent tristement (je prends
d'ailleurs une photo de ma valise ouverte sur le lit de la chambre,
comme une balise du temps qui s'écoule trop vite) mais
comment quitter l'hôtel discrètement, à l'heure
où tout le monde dort ? En sautant par une fenêtre,
tiens ! Celle-ci donnait sur une ruelle où s'entassaient
des poubelles et où coulait une eau putride dans une rigole
naturelle qui s'était creusée au milieu de la voie...
bref, pas très romantique comme coin... Cependant, les
poubelles amortirent notre chute, et nous voilà partis,
tous les trois, la tête en feu à l'idée des
mille et un plaisirs que nous allions rencontrer... Mais le quartier
où l'hôtel se trouvait était un quartier résidentiel..
.rien que des villas, pas de magasins.. rien d'aussi fulgurant
ni lumineux que dans nos pensées... aussi nous bornâmes-nous
à simplement poser chacun à notre tour pour une
photo, au pied d’un poteau portant quelques affiches lumineuses,
afin de nous prouver plus tard que nous n'avions pas rêvé,
et que nous avions vraiment fait le mur... Nous remontâmes
tristement sur nos poubelles pour réintégrer la
chambre... L'Italie prenait fin... nous étions sur le chemin
du retour... nous le regrettions.. nous étions bien, pendant
ce voyage... ce fut vraiment une merveilleuse expérience,
un souvenir inégalé, une évasion fantastique...
Merci encore, malgré le temps qui est passé, à
tous les organisateurs de ce rêve de jeunesse, les professeurs
de notre bon vieux Collège Ste Gertrude, que j'aime toujours
autant.
Eric Masy.
Un
grand merci à Eric Masy pour ses photos. |